Auguste COMTE
(Montpellier, 1798 - 1857)
Précurseur de la pensée sociale moderne et créateur du mot " sociologie ", Auguste Comte a insisté sur l'existence de lois sociales au même titre que les lois scientifiques. Il s'agissait, comme en biologie, physique ou chimie, d'élaborer une méthode susceptible d'unifier toutes les connaissances en un système. La " philosophie positive " d'Auguste Comte sera cette méthode, d'où son influence essentielle sur la pensée sociale en France et dans le monde.
Fils de fonctionnaire des impôts, Auguste Comte naît à Montpellier en 1798. En 1814 , il est admis sur concours à l'École polytechnique de Paris. En 1817, il devient le secrétaire d'Henri de Saint-Simon qui joue un rôle important dans la formation de sa pensée. Comte reste son collaborateur jusqu'à leur rupture en 1824. Jamais il n'obtiendra de poste de professeur à l'université et, toute sa vie, il donnera des cours particuliers. Examinateur à l'Ecole polytechnique à partir de 1836, il est renvoyé en 1844, sans doute victime de la jalousie de certains professeurs. Ses ouvrages connaissent en effet une renommée dans tous les milieux intellectuels.
Dès le début des années 1820, il publie, sous l'égide d'Henri de Saint-Simon, sespremiers écrits : " Sommaire appréciation de l'ensemble du passé moderne ", " Prospectus de travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société " et " Système de politique positive ". Entre 1830 et 1842, il publiera les six volumes du Cours de philosophie positive et, de 1851 à 1854, les quatre volumes du Système de politique positive. Il se tourne alors vers des thèmes d'ordre moral et spirituel avec le Catéchisme positiviste (1854) et la Synthèse subjective (1857), un an avant sa mort.
Les réflexions de Comte sur la réalité sociale prennent place dans une période charnière de l'histoire moderne, entre la Révolution française et les débuts de l'industrialisation européenne. Il est un des grands penseurs de cette époque fertile où les spéculations sur la nature des changements historiques, les découvertes scientifiques et les changements radicaux de société se structurent. Son originalité réside dans les synthèses remarquables qu'il réalise à partir d'idées puisées dans tous les domaines.
Il reprend les concepts de Turgot, Condorcet et Saint-Simon et se sert de ses connaissances scientifiques et mathématiques afin d'analyser l'évolution intellectuelle et sociale de l'humanité et trouver une convergence des esprits vers le positivisme. Les deux principes de base qui sous-tendent son œuvre se résument à :
Les lois régissent les étapes successives du développement de l'humanité ;
La classification et la perfectibilité des sciences sont un aspect clé du processus.
Selon Comte, toute connaissance approfondie implique le passage par trois phases distinctes: théologique, métaphysique et scientifique. À chacun de ces stades, la réalité est appréhendée différemment. L'étape théologique se caractérise par la création de " fictions " - superstition, religion, fétichisme - pour expliquer les phénomènes naturels, fictions qui évoluent avec les découvertes et des explications rationnelles. L'étape métaphysique est une phase de transition où les lois naturelles se retrouvent dans des abstractions dérivant de nouvelles méthodes d'observation - expérimentation et classification. L'étape scientifique est enfin l'aboutissement du processus permettant l'analyse complexe et consciente par l'utilisation de méthodes systématiques : c'est l'émergence de la science " positive ".
La formation scientifique de Comte est une synthèse entre les influences de Saint-Simon et celles des penseurs sociaux de l'époque. Ainsi sa recherche présente deux phases essentielles : expliquer l'évolution de la civilisation et analyser la vie sociale et politique sous un angle méthodique et scientifique. Deux phases qui peuvent se résumer à deux mots : " sociologie ", avec le Cours de philosophie positive (1830-1842), et " altruisme ", dans le Système de politique positive (1851-1854) démonstration qu'une société harmonieuse ne peut se fonder sur l'égoïsme ou l'individualisme.